Durant la Première Guerre mondiale, John William Beatty fut l’un des quatre premiers artistes de guerre officiels canadiens nommés par le *Canadian War Memorials Fund*. Les trois autres étaient Frederick Varley, Maurice Cullen et Charles Simpson ; chacun d’eux reçut le grade de capitaine ainsi qu’une solde militaire complète. Après avoir passé quelque temps à la base de Whitby, près de Toronto, Beatty fut envoyé outre-mer, en France, accompagné de Cullen. Travaillant souvent sous le feu allemand, ils réalisèrent des croquis sur le front canadien, illustrant « l’horreur, l’honneur et l’humanité du champ de bataille ». La brochure de l’exposition itinérante *Battle Lines* (Lignes de front), organisée par le Musée canadien de la guerre entre 2000 et 2003, précise : « Cette exposition constitue la première occasion de voir réunis un ensemble important de croquis réalisés par ces artistes. Les esquisses préparatoires effectuées sur le terrain n’ont pas été restituées au *Fund* ; par conséquent, nombre d’entre elles ont fini dans diverses collections publiques ou privées. D’autres ont été perdues ou — dans le cas de l’artiste J. W. Beatty — dérobées durant la guerre. »
Si bon nombre des croquis réalisés en temps de guerre dépeignent les tragédies manifestes du conflit — bâtiments détruits ou hôpitaux de campagne improvisés accueillant des soldats blessés —, cette esquisse, elle, se révèle poignante d’une tout autre manière. Au premier abord, elle peut passer pour un paysage paisible. En y regardant de plus près, cependant, on comprend qu’il s’agit en réalité d’un paysage dévasté par les combats. Les arbres calcinés et morts, que Beatty a rendus par quelques traits de peinture, se dressent comme des sentinelles solennelles témoignant du ravage des terres. Des nuages de fumée parcourent le paysage, rappelant les séquelles durables de ce tragique conflit international.
Lors de l’exposition *Battle Lines*, cette œuvre était présentée aux côtés d’un autre croquis de Beatty, intitulé *Field Hospital* (Hôpital de campagne) — une pièce vendue par la maison Heffel le 27 mai 2017 (lot 401). À l’époque de l’exposition, on considérait que ces deux œuvres étaient les seuls croquis de la Première Guerre mondiale réalisés par l’artiste à être encore conservés dans des collections privées.